Casidoro De Reina


Les Vaudois


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Les Vaudois

NOUS sommes au XII
e siècle, dans le sud de la France, dans les vallées alpestres et le Nord de l'Italie. Le commun peuple vit dans la pauvreté, volontairement maintenu dans l'ignorance par un clergé riche et souvent débauché. L'Eglise règne en maître dans toute l'Europe ; elle est puissante, opulente et attachée aux biens de ce monde.

Sur cette toile de fond se détache un groupe de gens. Ces hommes-là croient que la Bible est la Parole de Dieu et s'efforcent de vivre en harmonie avec ses justes principes. Deux par deux, ils vont par monts et par vaux prêcher et enseigner toutes les vérités qu'ils ont réussies à découvrir en lisant les parties de l'Ecriture qui sont disponibles dans leur langue. On se met alors à les pourchasser pour hérésie, et beaucoup perdent la vie.

Valdo commença à prêcher vers la fin des années 1170. Avec ses compagnons, ils semblent avoir été un point de ralliement pour d'autres groupes dissidents du même genre, dont certains existaient déjà depuis longtemps. En effet, bien avant lui l'évêque Agobard de Lyon (779-840) s'insurgea contre le culte des images, contre la dédicace d'église à des saints et contre la liturgie non conforme aux Saintes Ecritures.

De l'autre côté des Alpes, à Turin, en Italie, l'évêque Claudius, un contemporain d'Agobard, adopta une attitude semblable. Il condamna les prières pour les saints, la vénération des reliques et de la croix, et rejeta la tradition ecclésiastique en général, l'accusant d'être contraire aux Ecritures. Il fut appelé le "premier réformateur protestant". Il mourut entre 827 et 839.

Au XIe siècle, l'archidiacre Bérenger, de Tours, s'opposa au dogme de la transsubstantiation, affirmant que le pain et le vin utilisés pour commémorer la mort du Christ restent des emblèmes et ne se transforment pas en chair et en sang du Christ. Il soutint aussi la supériorité de la Bible sur la tradition. Il fut excommunié pour hérésie en 1050.

Tout au début du XIIe, deux grands dissidents apparurent en France. Ils se nommaient Pierre de Bruys et Henri de Lausanne. Le premier quitta la prêtrise à cause de divergences de vues sur des doctrines aussi importantes que le baptême des enfants, la transsubstantiation, les prières pour les morts, l'adoration de la croix et l'utilité des églises. Expulsé des diocèses des Alpes méridionales, il se mit à prêcher directement aux habitants du sud de la France et fit de nombreux disciples. Il périt sur le bûcher à Saint-Gilles, près d'Arles, en 1140.

Henri de Lausanne (Henri de Cluny) repris son oeuvre. Dès 1101, il avait commencé à critiquer hardiment la liturgie ecclésiastique, la corruption du clergé de son époque et le système hiérarchique. Il soutenait que la Bible était la seule règle en matière de foi et de culte. Il commença à prêcher au Mans, dans l'Ouest de la France.

Les idées de ces hommes se répandirent comme une traînée de poudre des Alpes méridionales à la Méditerranée et à travers tout le Sud jusqu'au golfe de Gascogne.

Valdo (Valdès) était un riche marchand de Lyon. Il prit au sérieux le conseil cité en Matthieu 19:21 par un ami. Il donna à sa femme de quoi vivre et envoya ses deux filles au couvent. Ensuite, il chargea deux prêtres, Etienne d'Anse et Bernard Ydros, de traduire les Evangiles et d'autres livres de la Bible dans la langue qui se parlait couramment en Provence et dans le Dauphiné. Puis, après avoir distribué aux pauvres le reste de ses biens matériels, il se mit à étudier la Parole de Dieu et à prêcher dans les rues de Lyon pour inviter les gens à un réveil spirituel et à un retour au christianisme simple des Ecritures. Beaucoup écoutèrent son message et se joignirent à lui. On les appelait les "pauvres de Lyon".

Cette prédication effectuée par des laïques déchaîna les foudres du clergé. En 1179, le pape Alexandre III interdit à Valdo et à ses disciples de prêcher sans l'autorisation de leur évêque. Celui-ci refusa de la leur accorder. Valdo répondit aux autorités catholiques par ces mots, consignés en Actes 5:29 : "On doit obéir à Dieu, comme à un chef, plutôt qu'aux hommes." Valdo et ses compagnons continuèrent donc à prêcher. En 1184, le pape Lucius III les excommunia, et l'évêque de Lyon les expulsa de son diocèse.

Au début du XIIIe siècle, on trouvait des Vaudois, non seulement dans le midi de la France et le Nord de l'Italie, mais aussi dans l'Est et le Nord de la France, dans les Flandres, en Allemagne, en Autriche et même en Bohème, où Valdo serait mort en 1217.

La vérité n'est pas complètement rétablie

La croyance fondamentale des premiers Vaudois était que la Bible constitue l'unique source de vérité dans le domaine religieux. Ces gens cherchaient la vérité chrétienne à tâtons. Mais il semblerait, d'après certains récits, que les Vaudois n'aient pas rétabli la vérité sur des doctrines telles que la trinité, l'immortalité de l'âme et l'enfer de feu.

En revanche, ils comprenaient suffisamment bien la Bible pour rejeter le culte des images, la transsubstantiation, le baptême des nouveau-nés, le purgatoire, le culte de Marie, les prières pour les saints, la vénération de la croix et des reliques, la repentance sur le lit de mort, la confession aux prêtres, les messes pour les morts, les indulgences, le célibat des prêtres et l'usage d'armes charnelles. Ils ne voulaient pas non plus des édifices religieux somptueux et imposants, et ils assimilaient "Babylone la Grande, la mère des prostituées" à l'Eglise romaine de laquelle ils invitaient leurs auditeurs à s'enfuir. - Révélation 17:5 ; 18:4.

Les prédicateurs vaudois enseignaient la Bible et parlaient surtout du Sermon sur la montagne et du Notre Père, textes qui présentent tous deux le Royaume de Dieu comme la chose pour laquelle il faut prier et qu'il faut rechercher en premier lieu (Matthieu 6:10, 33). Ils affirmaient que tout chrétien, homme ou femme, qui possédait une connaissance biblique suffisante avait le droit de prêcher la "bonne nouvelle".

Ils considéraient Jésus comme le seul intermédiaire entre Dieu et l'homme. Pour eux, puisque Jésus était mort une fois pour toutes, son sacrifice n'avait pas besoin d'être répété par un prêtre pendant la messe. Les premiers Vaudois célébraient le Mémorial de la mort du Christ une fois par an, en se servant du pain et du vin comme symboles. Ils soutenaient qu'il n'était pas nécessaire d'aller dans une église pour adorer Dieu. Ils tenaient des réunions clandestines là où ils pouvaient, parfois dans des granges ou dans des maisons particulières. Là, ils étudiaient la Bible et formaient les nouveaux prédicateurs, qu'ils envoyaient toujours avec un compagnon plus expérimenté. Ils allaient deux par deux de ferme en ferme et, dans les villes et les villages, de maison en maison. Leurs enfants commençaient dès le plus bas âge à apprendre les Evangiles et les épîtres. La prédication des diacres, des prêtres, des évêques, consistait surtout en citations bibliques.

Ils avaient une excellente réputation de courage au travail, de haute moralité et d'honnêteté dans le paiement des impôts. Ils excluaient les pécheurs non repentants. On parle d'eux comme de "la plus ancienne et de la plus évangélisatrice des sectes du moyen âge". Nombre d'entre eux périrent lors de la terrible croisade que le pape Innocent III décréta en 1209 contre les Albigeois du sud de la France. D'autres Vaudois furent torturés et tués par la redoutable Inquisition qui commença dans le midi de la France en 1229.
Malheureusement, avec le temps, nombre des doctrines bibliques que les Vaudois et d'autres avaient découvertes par la lecture de la Bible furent abandonnées. Au début du XVIe siècle, les Vaudois furent absorbés par la Réforme protestante et, vers la fin du XVIIe siècle, ils allèrent jusqu'à prendre les armes.

Même s'ils ne rompirent pas avec toutes les fausses doctrines de la religion babylonienne, ils conformèrent manifestement leur vie à ce qu'ils connaissaient de la Parole de Dieu. Beaucoup étaient prêts à mourir plutôt que d'abjurer leur foi. On le voit, la parole de Dieu a un grand pouvoir.

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Pierre Valdes


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